FLUNCH LES RESTAURANTS LIBERTE

FLUNCH LES RESTAURANTS LIBERTE
Il fait froid, alors j’entre. Je me retrouve dans un escalier, avec deux zombies. Des mecs bizarres, on dirait un backroom pour pauvres. Qu’est-ce que je fous là ? Rachid est en retard, comme toujours. Il habite à côté, moi à des centaines de bornes, et ce bâtard est en retard. Pas étonnant que je sois riche et lui pas.

J’opte pour la descente intégrale. La vraie salle est en bas, en sous-sol. Une espèce de Bulgare mystérieux fait des allers-retours. Je le regarde, il a l’air d’avoir fait une bêtise. Je choisis de le suivre du regard. Il file vers les cuisines, puis revient. Je tente de le faire culpabiliser à distance. Je sors mon iphone, et je parle la bouche collée dessus, discrètement, en le regardant. Comme si je le dénonçais à un autre espion. Il remonte dare-dare l’escalier. Mais ce qui en remonte et ce qui est descendu ne vaut pas mieux. Bordel, mais où suis-je ?

Au rayon des salades de fruits, une vioque abominable et son fils psychiatrique échappés de l’émission Strip-tease rôdent. Puis arrive l’échappé de Treblinka, le mec qui n’aurait jamais dû rentrer. Que fait la police du Flunch ?
J’avise une petite serveuse, elle est blanche, souriante, de bonne volonté. Provinciale, donc sérieuse. Je lui dis que j’attends mon invité, elle répond gentiment que je peux rester. Un horrible gnome surgit. Les zombies portent tous un plateau composé uniquement d’un plat, sans accompagnement. Cela ne les empêche pas de détailler longuement les desserts. Ils hésitent aussi beaucoup au rayon des vins, enfin, des mini bouteilles ou cannettes. Mais tous, immanquablement, se dirigent vers la caisse avec une grande assiette, surmontée d’un poisson, ou d’un quart de poulet.
Je ne comprends rien à ce manège. Je découvre que la salle est immense. Non, ce ne sont pas des miroirs, il y a de très nombreux zombies assis, épars, dans cette multisalle. Un multiplex de la bouffe.

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Mon pote arrive enfin. Putain, il est habillé comme un jogger, avec un casque pour écouter de la musique. Il me passe devant, me reconnaît même pas. Hé, Rachid, ho ! Rachid avise mon plateau, entrée salade de légumes mélangés, tartelette framboises, je l’attends aux plats chauds. Heureusement, avant de commettre l’Erreur, il m’informe : « Mais t’es con, va remettre ça! »

D’autorité, il va remettre ma salade sur un étal, et revient. Malgré la prise de risque, tremblant, j’obéis. Visiblement, il connaît l’endroit. Nous arrivons aux caisses. Une petite blonde entre deux âges et deux frontières prend les deux plateaux.
C’est pour moi, fais-je, grand prince.

Rachid refuse pour le principe, mais j’ai vite fait de le ramener à la raison. Un pauvre ne peut inviter un riche au restaurant, fut-ce un Flunch. Devinant un accent de l’Est, je demande l’origine raciale de la serveuse: serbe, nous dit-elle.
Amis Flance, répondis-je en souriant, avant un silence gênant.

Après cette rapide découverte d’une autre culture, nous nous dirigeons vers une double table, près des toilettes et d’un quart clochard.
Rachid donne le signal de l’hallali : « Maintenant tu peux aller chercher ton l’accompagnement, c’est à volonté ! »

Je n’en crois pas mes yeux. Ainsi, tous les crevards du quartier à la tête d’une fortune comprise entre 5 et 8 euros viennent déjeuner ici, au chaud, prenant et reprenant des accompagnements jusqu’à plus soif ! Et les accompagnements sont : pâtes, riz, frites, et choux de Bruxelles. On peut faire choux-frites, pâtes-choux, ou frites-frites. Changé instantanément en crevard par l’offre, alléchante, je dépose avec la pince une montagne de frites dans mon assiette, qui comporte un demi poulet. Elles ont l’air bonnes. Je commence à composer mon papier dans la tête en mâchouillant. Un resto social, une enseigne qui accepte les zombies, il y a même des préados qui débarquent, avec la montagne de frites.

A 14 heures, au lieu d’aller au macdo, ils viennent ici bouffer quasi à l’œil. Ces jeunes-là sauront se débrouiller, plus tard. Ils échappent au troupeau, et donc à l’abattoir. Car ceux qui vivent en troupeau meurent en troupeau.

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Les frites sont bonnes, en plus. Bien dorées, épaisses, chaudes, entre croustillantes et molles. Le poulet aussi. J’en ai pour 6 euros, max, alors que j’étais parti pour lâcher 40 euros pour deux. Je suis tellement repu que je propose ma tartelette à Rachid. Après avoir refusé poliment ma générosité, il s’empare de mon dessert et le dévore, en commençant par les framboises. C’est un peu con, je trouve, de séparer les fruits de la pâte sablée, à quoi ça sert de manger une tartelette, dans ce cas ? Je suis un peu choqué. Je me dis, pourquoi ne pas manger carrément les ingrédients un par un, dans l’ordre d’apparition ? Farine, beurre, sucre, crème, et framboises.
On reste là une bonne heure à parler de nos confrères nazes –plus nazes que nous, si si, il y en a- en digérant nos frites. Lui a pris poisson pané. Il maîtrise bien les lieux. Il ne voit pas les crevards, que je lui montre, avec le doigt.

C’est sûr que quand je repasserai à Paris, au lieu de manger chez des voleurs au milieu de bourgeois, je pense que je descendrai dans cet enfer social pour bouffer pas cher mais au milieu de pouilleux. Si tu arrives à faire abstraction de ton environnement immédiat, c’est jouable. Tout a un prix, même les bonnes affaires. Si ça se trouve, l’endroit est truffé de journalistes dans la merde. Ali Baddou avec une barbe de 128 jours et un slip 15 ans d’âge!

Pour finir, je dirais bravo à Flunch de permettre à des pauvres de se sustenter et d’éviter les restos du cœur, véritable drogue que si on la goûte, on peut plus en sortir. Malgré leur pauvreté, les zombies du Flunch Rambuteau sont dignes, car ils achètent leur nourriture, ne font pas chier les autres (pas de mendicité intertables grâce au rab gratuit), et mangent à satiété. Ce restaurant chrétien mérite une toque de L’Organe. On espère que cette truffe de François Simon y viendra déguster un poulet-frites incognito, avec sa caméra cachée bien en évidence sur la table.

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